• Je te quitte et c'est définitif!

    Je te quitte et c'est définitif!

    Ils me disent tous que tu es belle, que tu as été généreuse avec moi, que je n’ai aucune raison de me détourner de toi, que je dois apprendre à t’aimer parce que c’est ainsi, parce que tu t’es offerte à moi et que bien sûr, tout le monde le sait, il n’est pas facile tous les jours de te suivre, mais que je pourrais faire preuve d’un peu de bonne volonté. 

    Voilà ce qu’ils me rabâchent, ces cons! 

    Aujourd’hui, c’est décidé, je vais te regarder en face, je vais t’expliquer une fois pour toutes combien tu n’es belle qu’à leurs yeux, combien tu es gluante et étouffante pour moi, combien ta beauté ne fait pas le poids face à ta présence bien trop encombrante. 

    J’ai tout essayé. J’ai fait semblant. J’ai souri, dansé, je me suis habillé pour te plaire et tu m’as regardé plaire à tous, fière de ton oeuvre. Ensemble, nous avons même été populaires. Ils voulaient tous être dans notre périmètre, profiter de notre aura, mais au petit matin nous nous couchions et au pied du lit, notre masque d’illusion laissait la place au vide insondable de notre détresse.

    Finalement, c’est plus joyeux que douloureux et même si mes yeux dégueulent jusque dans ma bouche, si je tourne en parlant seul dans ce cloaque en m’abreuvant de gin, si je cherche l’ultime courage de me détruire encore une fois dans l’espoir vain de te dégouter et que tu foutes le camp de ton plein gré, je te le dis, non, je te le beugle, ce soir je serai le plus fort!

     

    Le beau, l’intelligent, le mystérieux connard que je suis, celui qui a tout pour être heureux, cet ingrat, va se débarrasser de toi. Tu n’es qu’un mirage, je le sais! C’est fini, je ne te nourri plus, je ne suis plus ta marionnette, je ne t’héberge plus. 

    Ne t’inquiète pas, tellement d’autres te veulent, se battent, luttent, pactisent même avec le diable pour t’avoir même un petit peu, même à moitié, tu n’as pas fini de répandre ton instinct poisseux sur l’humanité tout entière. 

    Donne toi à eux puisqu’ils te veulent. Je te couche sur mon testament, je te lègue, je t’offre et j’offre ma gratitude en prime. Pour moi, tu n’as pas été un cadeau mais ce n’est pas ta faute.

     

     

    Tu vas me quitter, t’as compris? Je vais te bâillonner, t’étouffer, je vais te serrer plus fort que tu ne l’as jamais espéré, je vais te crever, salope! 

     

    Entre toi et moi, mon poison douloureux, ce soir c’est fini. 

     

    Ce matin, je me suis réveillé tout habillé dans mon canapé miteux. 

    À la télé restée allumée sans doute toute la nuit, une blonde qui en faisait trop et un grisonnant impeccable présentaient un liquide qui, photos à l’appui avant/après, promettait une fonte graisseuse hallucinante, sans aucun régime ni effort. 

    J’ai touché mes côtes. Pas de gras, rien à faire fondre, rien à attraper ni à dissoudre, à part peut-être moi tout entier. Les autres doivent avoir raison. Beau corps, belle gueule, leader charismatique, un peu écorché vif, exactement ce qui plait aux filles. Mais des filles, et puis des femmes, je n’en ai pas eues. Ou alors juste une nuit, une semaine, pour faire comme tout le monde. Une seule s’est accrochée malgré mon indifférence absolue. Elle était ma distraction, j’étais son premier amour. Mathilde. La pauvre.

     

    J’ai éteins. Regardé le plafond jauni par la nicotine et puis les murs. Bordel dans cet appart. Non, bordel, ça fait presque vivant. Ici, c’est le néant. La vaisselle s’empile dans l’évier gras, la cuisinière est maculée de projections de graisse jaunâtre. Ça pue. Ça pue la solitude et la crasse. Sur le tapis dégueulasse, des chaussettes, une bouteille vide, ma ceinture, le petit ours oublié par mon neveu, un vieil album photos, des miettes, des tâches, du croustillant sous les pieds nus. Et j’ai honte de ne même pas avoir honte.

     

    Vestiges de ma triste existence, comme autant de preuves de mon inutilité. Je suis navré mais impuissant. Je me dégoute mais j’ai l’habitude. Dans une lassitude immense, je me lève, je ramasse ma ceinture, une belle ceinture en cuir tanné par les années. 

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